AFROPOP, DE LAGOS AUX ÉTATS-UNIS

Davido, Mr Eazi, Wizkid, Yémi Alade, D Banj, Tiwa Savage… On pourrait passer des heures à nommer les têtes d’affiche de l’Afropop, ce genre musical multifacette qui a révolutionné l’industrie musicale africaine. D’où vient ce mouvement, qui y participe et quel bilan en faire aujourd’hui?

Musicalement, le continent africain est connu pour ses multitudes de symphonies, ses instruments, ses sonorités qui sont le gage de l’identité d’un pays ou d’un peuple en particulier. Rumba congolaise, coupé-décalé ivoirien, highlife ghanéen, mbalax sénégalais… ces musicalités acidulées ont été portées par des artistes étendards comme Youssou N’Dour ou Papa Wemba et adulées par un public local, s’arrêtant, pour la plupart, aux frontières du continent.

Hybride, urbain et sur-rythmé, un nouveau genre musical tend à bousculer ces lignes et à faire reconnaitre la musique africaine au-delà de ses murs : l’Afropop. Elle est principalement incarnée par des artistes et producteurs nigérians, pour qui la musique est un jeu lucratif. Inspirés par le père de l’afrobeat Féla Kuti, ces jeunes aux têtes bien pleines rêvent de révolutionner le continent et portent avec vigueur l’envie de changement de toute une génération. Les scènes sont en ébullition d’Abidjan à Lagos devant ce nouveau genre musical 100% africain. Sortie des sentiers battus, cette musique nigérianne, devenue panafricaine, donne un nouveau souffle aux sonorités du continent, les portant même jusqu’aux oreilles de la terre où les rêves deviennent réalité : les USA.

wizkid

Aujourd’hui, pour la plupart des artistes et des labels internationaux, l’avenir de la Pop est en Afrique. En sont pour témoin la collaboration fracassante de Wizkid et Drake sur le morceau One Dance, propulsant le jeune nigérian en tête d’affiche pendant des mois. Lagos s’est alors imposée comme la capitale bouillonnante de cette scène musicale, où se rencontrent producteurs, hommes d’affaires et grands labels, afin de tester dans ce laboratoire à taille réelle, les succès mondiaux de demain.

Pour sceller le deal, Sony (qui a signé Wizkid, Tiwa Savage et Davido) ouvre les bureaux de sa branche Afrique à Lagos et a nommé à sa tête l’entrepreneur de 35 ans Miguel Ugwu.

UNE MUSIQUE AUX MULTIPLES VISAGES

Grâce à l’Afropop, les vibrations afro se marient à tous les genres et s’exportent sur tous les dancefloors. Si les artistes comme Wizkid ou Tekno s’amusent des sonorités nigériannes et du hip hop américain, d’autres comme Yémi Alade préfèrent des mélodies plus traditionnelles, joyeuses et entêtantes. Il luit tient notamment à coeur de chanter en langue (Yoruba, en Igbo et même en swahili) afin de restituer à l’Afropop son essence nigériane voire africaine. De l’autre côté du continent, l’Angola sort également du lot avec une approche de l’Afropop mélant kuduro et sonorités électroniques. L’ébullition venue de Lagos a également touché les artistes français, qui, comme MHD, se sont emparés de ces rythmiques afin de créer leur propre genre, à la sauce afropéenne. Hiro le Coq, Booba, Aya Nakumura sont emblématiques de ce nouveau style qui mélange traditionnel et moderne par la langue et les instruments. En témoignent notamment l’essor de Sidiki Diabate, fils du génie de la Kora Toumani Diabaté ou le carton plein de Fally Ipupa, l’artiste congolais qui s’exporte le mieux.

L’attrait phénoménal de la scène nigériane, et son rôle de locomotive dans la révolution musicale du continent ont permis la création d’une musique panafricaine qui transcende les frontières. Plus que de la musique, il s’agit désormais de redonner confiance aux populations africaines dans leur pouvoir d’impacter le monde et de modifier les référenciels culturels pré-établis. L’afropop a permis la reconnaissance d’une population dynamique, longtemps méprisée, elle a également permis de structurer l’industrie culturelle et musicale dans certains pays d’Afrique. Plus encore, elle est le vecteur de nouveaux lieux de partage, comme les festivals, où se réunissent les jeunesses afropéennes, africaines et afro-américaines autour de l’amour d’une même musique, qui leur ressemble. Aujourd’hui, ces jeunesses dansent sur les mêmes mélodies, produites et interprétées par des africains. Cependant, si ce renversement des catégories est grisant, il est également le catalyseur de nouvelles inégalités, portées par ces bébés stars tiraillées entre racines africaines et bling bling à l’américaine.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.